AprĂšs un tiers de saison, un premier bilan peut dĂ©jĂ ĂȘtre dressĂ©. Sportivement, l'ASSE est poussive et ne se dĂ©pĂȘtre pas du bas de classement qu'elle occupe dĂ©sormais depuis de trop nombreuses saisons. La ligue 2 n'a pas rĂ©glĂ© le problĂšme et la question des choix effectuĂ©s lors des derniers mercatos revient Ă la surface... Nous tentons ici quelques explications de nature Ă expliquer pourquoi les Verts ne parviennent pas Ă recruter aussi malin que la concurrence...
C'est un fait, les Verts vont mal. Laissons de cÎté la gouvernance du club et intéressons-nous au sportif, et plus particuliÚrement à la stratégie de recrutement de l'ASSE depuis ces derniÚres saisons.
L'ASSE possĂšde une particularitĂ© qui pourrait ravir nos politiques actuels puisqu'elle fait, depuis de nombreuses annĂ©es, la part belle au "made in France"pour ce qui est des choix opĂ©rĂ©s lors des fenĂȘtres de transfert. Rien de scandaleux dans la mesure oĂč il serait faux de penser qu'on forme mieux ailleurs et que les joueurs sont toujours plus performants parce provenant de l'Ă©tranger. On l'a vu avec Gabriel Silva par exemple. Ătre BrĂ©silien n'est pas gage de sombreros et technique au-dessus de la moyenne. Il faut dire que l'on en attendait pas tant du latĂ©ral arrivĂ© d'Udinese (Italie) en 2017 pour 2.5 millions d'euros. Force est de constater que cet achat, opĂ©rĂ© dans un championnat exposĂ©, fut un flop...
32 millions d'euros dépensés sur des "coups" depuis 10 ans !

Alexandros Katranis of Saint Etienne during the Ligue 1 match between AS Saint Etienne and Angers SCO at Stade Geoffroy-Guichard on September 10, 2017 in Saint-Etienne, . (Photo by Romain Lafabregue/Icon Sport)
L'ASSE a tentĂ© d'autres coups Ă l'Ă©tranger au cours de ces derniĂšres annĂ©es. En remontant les mercatos opĂ©rĂ©s par le club depuis 10 ans, on recense Andreas Laudrup (Nordsjaelland, arrivĂ© en 2012, prĂȘt), Ibrahim Sissoko (Wolfsburg, 2013, prĂȘt de 0.1 MâŹ), van Wolfswinkel (Norwich, 2014, prĂȘt), Alexander Söderlund (Rosenborg, 2015, 2 MâŹ), Ole Selnaes (Rosenborg, 2015, 3.2 MâŹ), Robert Beric (Rapid Vienne, 2015, 7.5 MâŹ), Tannane (Almelo, 2015, 2.5 MâŹ), LĂ©o Lacroix (Sion, 2016, 3 MâŹ), Hernani (St-Petersbourg, 2017, prĂȘt), Jorginho (Arouca, 2017, 1 MâŹ), Janko (Celtic Glasgow, 2017, ? MâŹ), Katranis (Atromitos AthĂšne, 2017, 0.8 MâŹ), Gabriel Silva (Udinese, 2017, 2.5 MâŹ), DioussĂ© (Empoli, 2017, 5 MâŹ), Trauco (Flamengo, 2019, 1 MâŹ), Palencia (Barcelone, 2019, 2 MâŹ), Retsos (Leverkusen, 2020, prĂȘt), Fall (GuĂ©diawaye, 2020, libre), Neyou (Braga, 2020, 0.4 MâŹ), CissĂ© (Olympiakos, prĂȘt 0.7 MâŹ), Crivelli (Basakeshir, 2021, prĂȘt), Ramirez (Liverpool (uru), 2021, 0.3 MâŹ) et enfin Sacko (Guimaraes, 2021, 0.3 MâŹ).
Ce sont ainsi plus de 32 millions d'euros qui ont Ă©tĂ© dĂ©pensĂ©s depuis 2012 pour faire venir ce que nous appellerons des "coups", c'est Ă dire des joueurs ayant fait l'objet de plus ou moins d'attention de la part de la cellule de recrutement de l'ASSE, mais surtout dont la rĂ©ussite au club n'Ă©tait pas garantie. Parmi eux, van Wolfswinkel, Ole Selnaes, Robert Beric, Neyou, CissĂ© et Sacko font office de bons coups, mĂȘme si pour Sacko, prĂ©cieux sportivement, les absences pour blessure ont plombĂ© son passage au club. Ce sont donc 12.1 M⏠qui ont Ă©tĂ© investis Ă "bon escient" sur des joueurs plus ou moins connus. Parmis eux, combien de non francophones ? Van Wolfswinkel, Selnaes et Beric... Soit trois joueurs en 20 mercatos.
Depuis 2012, l'ASSE a dépensé 109.35 millions d'euros sur le marché des transferts selon les données de transfermarkt. Un peu plus d'un quart de cette somme a été utilisée pour faire venir des joueurs offrant moins de garanties sportives qu'un autre dont le nom, la ligue, les performances sont connues et reconnues. Toutefois, sur les 78 millions d'euros dépensés pour acheter des joueurs aux parcours plus rassurants, combien ont réellement donné satisfaction ? Nous pouvons évaluer à 37.5 M⏠la somme dépensée depuis 10 ans pour l'achat de joueurs reconnus en France et ayant apporté une réelle plus-value sportive. Soit la moitié des sommes investies. Ce montant est à nuancer en fonction des performances de certains joueurs comme Kolodziejczak ou Khazri qui, ont connu des périodes fastes comme creuses...
Une cellule stéphanoise concentrée sur le marché francophone ?
06 Benjamin BOUCHOUARI (asse) during the Ligue 2 BKT match between AS Saint Etienne and Le Havre AC at Stade Geoffroy-Guichard on August 20, 2022 in Saint-Etienne, France. (Photo by Alex Martin/FEP/Icon Sport) - Photo by Icon sport
Recruter n'est pas une science exacte, pourtant, un travail de scouting bien effectué en amont préserve au maximum des mauvaises suprises. L'ASSE est-elle plus mauvaise que ses concurrents dans ce travail de scoutisme ? Ce n'est pas certain... Il semblerait que des noms de joueurs ayant percé ailleurs soient bien arrivés sur le bureau des décideurs. Alors pourquoi avoir opté pour des choix qui semblent, vu de l'extérieur, globalement francophones ?
Depuis 10 ans, seuls Laudrup, van Wolfswinkel, Söderlund, Selnaes, Beric, Tannane, Hernani, Jorginho, Janko, Katranis, Gabriel Silva, Trauco, Palencia, Retsos et Ramirez n'Ă©taient pas francophones Ă leur arrivĂ©e. Peu ont rĂ©ussi, certes, mais se conjugue Ă des choix pas toujours heureux une volontĂ© de ne pas recruter des joueurs provenant de cultures footballistiques trop Ă©loignĂ©es de la France. Pourquoi, dans la mesure oĂč cette stratĂ©gie ne prĂ©munit pas d'erreurs de casting ? D'autant moins comprĂ©hensible que le coĂ»t d'acquisition de joueurs issus de championnats secondaires ou Ă©loignĂ©s de l'Europe est bien souvent infĂ©rieur Ă ce qui se pratique dans le big 5.
Cette saison, seul Wadji et Bouchouari font office de "coup" s'agissant du mercato stĂ©phanois. Les deux sont francophones. Le reste du recrutement a Ă©tĂ© largement franco-français. Il s'est mĂȘme concentrĂ© sur des profils connus de Laurent Batlles qui a piochĂ© parmis des joueurs qu'il avait dĂ©jĂ eu sous ses ordres. Pour quel bilan ? Difficile d'y voir clair Ă ce jour. Le contexte stĂ©phanois doit rendre prudent. Entre les 3 points de pĂ©nalitĂ© qui ont plombĂ© le dĂ©but de saison, les annonces de vente du club qui, Ă n'en pas douter, perturbent staff et joueurs, les huis-clos, les stigmates de la descente en Ligue 2, beaucoup d'Ă©lĂ©ment de contexte poussent Ă nuancer. Toutefois, si le recrutement est plus ou moins rassurant sur le papier, il n'est pas concluant sportivement.
Laurent Batlles a dĂšs le dĂ©part annoncĂ© qu'il souhaitait s'appuyer sur un systĂšme utilisant des latĂ©raux offensifs. Bilan : aucun joueur possĂ©dant ce profil n'a Ă©tĂ© recrutĂ© ! Il faut donc compter sur Sergi Palencia (de retour de prĂȘt d'Espagne), Yvann Maçon et Gabriel Silva pour occuper ces postes, auxquels se sont ajoutĂ©s Namri (issu de la rĂ©serve), Pintor, Cafaro ou Aiki...
Un gardien était également souhaité pour épauler Etienne Green. Il a fallu attendre que la porte s'ouvre pour Dreyer, sur le tard, pour qu'une doublure soit associée au jeune gardien stéphanois.
La crainte de faire venir des joueurs issus de championnats "exotiques" ?
11 Dango OUATTARA (fcl) during the Ligue 1 Uber Eats match between FC Lorient and OGC Nice at Stade du Moustoir on October 30, 2022 in Lorient, France. (Photo by Anthony Bibard/FEP/Icon Sport) - Photo by Icon sport
Des solutions hors de France, dans des pays moins exposés, n'existent-elles pas ? Les scouts remontant des fiches de joueurs ne signalent-ils pas des profils permettant d'anticiper nos mercatos et ne plus subir dans ce qui finit par devenir une habitude à St-Etienne, à savoir la famuese période de "panic buy" des 72 derniÚres heures du marché des transferts...
Aujourd'hui, Loïc Perrin peut s'appuyer sur Ilan et Anthony Gillot. Ce dernier, recruté sous l'Úre Paquet, semble se concentrer sur le Nord de la France. il est assez difficile de savoir quelles sont les prérogatives des uns et des autres. Il faut rajouter à cela le soutien de Gérard Batlles qui a glissé quelques noms à Loïc Perrin et son fils durant l'été. Ainsi, Benjamin Bouchouari est arrivé suite à ses recommandations, mais d'autres également... La cellule a toutefois souffert des départs de Julien Cordonnier et romain Barq sans que ces derniers ne soient officiellement remplacés. Le maillage, qu'il soit national ou international, n'en est-il pas plus difficile à assurer ? Cet été, c'est Loïc Perrin et Samuel Rustem qui se sont notamment déplacés à l'étranger pour superviser Ibrahima Wadji. Toutefois et selon nos informations, "deux ou trois autres personnes" vont bientÎt venir renforcer la cellule.
Difficile dans ces conditions de se lancer dans l'analyse de la data comme l'a fait le Toulouse FC il y a deux saisons, sauf Ă sous-traiter cette partie de l'observation Ă des sociĂ©tĂ© spĂ©cialisĂ©es dans le data-scouting. L'analyse des statistiques fait aujourd'hui partie intĂ©grante de ce vers quoi doivent s'orienter les cellules. L'ASSE semble souffrir d'un certain retard Ă ce niveau-lĂ mĂȘme si nous savons que le club intĂšgre dorĂ©navant cette analyse au sein de sa cellule performance. Si trois personnes peuvent ĂȘtre suffisantes pour assurer une observation suffisamment large, elles doivent absolument s'appuyer sur un rĂ©seau leur permettant de mailler au national et Ă l'international. Nouveau dans le mĂ©tier, LoĂŻc Perrin ne possĂšde pas encore ce rĂ©seau. La question reste posĂ©e pour ilan et Gillot.
Attirer des joueurs aux profils intĂ©ressants mais provenant de championnats dits plus "exotiques" nĂ©cessite par ailleurs un accueil qui permette leur intĂ©gration rapide. L'ASSE met certainement Ă disposition des joueurs Ă©trangers des professeurs de français, ce qui semble une condition indispensable Ă leur bonne intĂ©gration sportive et sociale. La femme de Ramirez en tĂ©moignait il y a peu. "La langue est difficile pour lui. Pour tout ce qui touchait au jeu, tout Ă©tait expliquĂ© en français et il ne comprenait pas trĂšs bien les tĂąches et les instructions. Mais il Ă©tudie aussi et maintenant nous connaissons les bases. Il a Ă©galement des cours spĂ©ciaux axĂ©s sur le football : pour lui apprendre des termes comme "passe-lĂ ", "second ballon", etc... », confiait-elle Ă l'Ă©poque dans une interview accordĂ©e Ă El Pais. Cela ne s'arrĂȘte pas lĂ . Un personnel doit Ă©galement accompagner le joueur dans toutes ses dĂ©marches quotidiennes afin qu'il n'ait qu'Ă se focaliser sur ses performances sportives. des prestations en thĂ©orie assurĂ©es par les clubs professionnels.
Dans d'autres clubs, qu'on ne pensait pas concurrents il y a encore quelques saisons, ont su oser des recrutements judicieux et gagnants. Le scouting a permis d'identifier des joueurs avant qu'ils ne soient trop mis en lumiĂšre. Aujourd'hui, ils font les beaux jours de ces clubs : Ouattara (Lorient) achetĂ© au Burkina Faso et qui est aujourd'hui Ă©valuĂ© Ă 7 millions d'euros. Van den Boomen (Toulouse), venu des Pays-Bas pour 350 000 euros et valant 7 millions aujourd'hui. Ratao (Toulouse) qui s'est dĂ©jĂ valorisĂ© depuis son arrivĂ©e en provenance de Bratislava ou Aboukhal, toujours Ă Toulouse, Aboukhlala dont le prix a dĂ©jĂ doublĂ© aprĂšs avoir Ă©tĂ© recrutĂ© Ă l'AZ Alkmaar. Enfin, autre exemple, Balogun qui n'est certes que prĂȘtĂ© par Arsenal, mais qui prend une importance qui fait augmenter sa cote du cĂŽtĂ© de Reims.
L'ASSE doit pouvoir attirer ces joueurs. Une changement de philosophie ne doit-il pas s'opérer ? Il ne s'agit pas de ne faire que des coups, mais force est de constater que l'ADN de l'ASSE doit revenir à valoriser son centre de formation mais également dénicher des joueurs peu connus. Quand on n'a pas d'argent il faut avoir des idées et se donner les moyens. C'est en tout cas ce à quoi est condamné l'ASSE à moyen terme...